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Bonjour à tous ! Me revoici avec une nouvelle en 3 chapitres ( un par semaine). Elle a été illustrée avec talent par Céline Bartoli. Un grand merci à elle pour sa patience et son travail ! Bonne lecture !

 

Octobre 1920, un salon toulousain.

Le salon cossu de monsieur de la Folle-Bergerie recevait souvent des visiteurs de marque, mais rarement des personnalités aussi marquées que ce jour là. Les invités, au nombre de quatre arrivaient les uns après les autres depuis le début de la matinée. Enfin, c’est à midi pile que le quatrième et dernier convive se vit précéder par un majordome tout en rouflaquettes et tenue amidonnée dans le fameux salon. Monsieur de la Folle-Bergerie se leva, imité par les autres. Certains avaient un verre en cristal à la main, remplis qui d’une liqueur sombre, qui d’un cognac ambré, qui d’un vin rouge sang, d’autres fumaient qui le cigare, qui la pipe.

-Mon cher capitaine Spring, nous n’attendions plus que vous, fit Orland de la Folle-Bergerie en serrant la main d’un homme dans la force de l’âge, tenant dans une main une canne et son chapeau. Prenez donc place.

Le capitaine salua d’un bref coup de tête les différents convives. Il arrêta un instant son regard bleu acier sur le beau visage d’une jeune femme certainement italienne, aux beaux cheveux noirs coupés au carré. Elle portait de fines lunettes de métal, rondes.

-Je suis bien aise de vous voir tous ici mes amis, commença Orland. Il n’est pas loin le temps où nous nous rencontrions pour la première fois à ce fameux exposé en 1913. Depuis, la guerre est passée par là. Nous en savons tous quelque chose. Enfin… Si vous êtes ici, c’est que j’ai su vous convaincre de me suivre dans ma toute première expédition sur l’Indicible. Comme je vous le disais dans ma lettre, j’ai enfin trouvé la piste que je cherchais, ici même sur Toulouse. Les écrits d’Hamilton sur le sujet sont formels : un trésor Templier serait caché dans les entrailles de la ville. Vous aviez tous, à l’époque, montré un intérêt passionné pour cette éventualité. Aujourd’hui je vous propose de mener cette passion, ce rêve, vers la réalité ! Dès ce soir nous partons en chasse mes amis ! Le Cercle Pourpre sera notre nom, « Savoir » notre devise !

C’est ainsi que l’aventure Folle-Bergerie débuta. Nous en connaissons tous la fin, hélas. Mais peu d’entre nous savent vraiment ce qu’il advint de ces courageux aventuriers. Avant d’aller plus loin, faisons un peu connaissance.

L’organisateur et chef d’expédition n’est autre que le Baron de la Folle-Bergerie, un noble dans la force de l’âge. Champion d’escrime en son jeune temps, ce grand amateur de cognacs et de cigares sait aussi manier l’arme de poing avec adresse. Malgré une sainte horreur de la République, il a combattu sous son drapeau lors du récent conflit mondial. Il y a perdu son unique fils. Par ce sacrifice, il a définitivement rayé de son centre d’intérêt la moindre préoccupation politique ou républicaine. Il n’aime pas plus les aristocrates. Le baron est une sorte d’anarchiste mondain mais extrêmement féru d’histoire. Portant moustache et favoris il ne se déplace jamais sans son fidèle majordome, Anastase.

Le plus jeune de l’expédition est le très controversé Morgan O’Connor, rendu célèbre par ses actions au Moyen-Orient en tant qu’espion de la Couronne. Irlandais aimant les anglais, il a depuis longtemps été banni par les siens. Il a récemment intégré le très anglais British Museum pour

le compte duquel il sillonne le monde, pillant… pardon, fouillant diverses ruines et en rapportant des objets intéressants. Le capitaine Edward Spring ne chérissait pas ce rouquin aux yeux verdâtres. Il restait avant tout un Irlandais. Le capitaine, lui, était un anglais jusqu’aux bouts des ongles et de la moustache qu’il avait brune. Héros de la Somme, on parlait dans les milieux autorisés de sa toute prochaine promotion au grade de commandant mais aussi de son accession, à la demande du souverain, au titre de Lord. Spring était un archéologue amateur et il n’avait pas hésité, avec l’accord de sa hiérarchie, à prendre part à cette expédition. Il avait un faible pour la gente féminine, et l’alcool…

Enfin, pour compléter ce noyau d’aventuriers, il fallait compter avec deux femmes remarquables. Miss Elisabeth Shaw, veuve de feu l’explorateur Shaw, qui avait accompagné en son temps de nombreuses expéditions du National Geographic. Américaine du midwest, elle nourrissait une admiration pour Théodore Roosevelt et ses safaris. Miss Shaw connaissait un nombre d’idiomes impressionnants et surtout possédait des cartes et des notes précieuses, héritées de son mari. A l’opposé vestimentaire et à la mentalité résolument moderne se tenait la signorina Fiora Neri, jeune dilettante archéologue, dont le père était un ami de longue date du Baron. Ce que beaucoup ignorait, c’est qu’elle maniait le fusil comme certaines maniaient le dé à coudre : avec une dextérité certaine !

C’est ainsi que toute la troupe après un bon repas se retrouva à vaquer à ses occupations de dernière  minute avant le grand départ dans la soirée. Enfin, le Baron donna le signal. On se pressa dans le hall de l’hôtel particulier. La Folle-Bergerie avait disposé divers sac-à-dos. Tous portaient une étiquette au nom d’un convive. Anastase aida tout le monde à se préparer en prenant plus particulièrement soin de la signorina Neri pour qui il nourrissait de secrets sentiments depuis fort longtemps. Il tendit ensuite à chacun une arme de poing et un fusil de chasse au capitaine Spring. O’Connor hérita d’une sacoche pleine de bâtons de dynamites « Au cas où il faudrait se frayer un chemin » précisa d’une voix hautaine le majordome. Lui-même s’empara d’une fusil Lebel modifié par ses soins et d’une étrange petite valise en cuir qu’il s’attacha dans le dos avec l’aide du Baron. Pendant ce temps mademoiselle Neri, sourcils haussés, refermait lentement sa sacoche, cachant ainsi le livre qu’elle contenait aux yeux des autres. Miss Shaw rangea ses carnets et ses crayons dans les diverses petits poches de son habits réalisé pour l’occasion par le Baron.

-Bien, nous sommes donc parés… Sachez que l’expédition sera amusante. Les armes sont justes là pour donner un peu de piment à la chose. Mais à part des souris, des rats et des restes de Templiers, nous ne devrions pas trouver grand danger.

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