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Ils n’eurent pas beaucoup de chemin à faire. Anastase, une lampe-tempête dans la main les mena vers le cloître des Jacobins. Après un rapide coup d’oeil aux alentours il ouvrit une porte dérobée. Ils

pénétrèrent dans le cloître, marchèrent rapidement vers l’extrémité la plus à l’est, passèrent sous une arche et s’avancèrent dans une allée bordée d’un côté par un mur et de l’autre par un tout petit muret. Anastase marqua un arrêt. Il grimpa sur une caisse placée là récemment puis enjamba le muret. Tous firent de même. L’instant suivant ils se tenaient en cercle devant un trou béant dans le sol. Un à un ils descendirent. O’Connor fut le dernier. Il s’assit sur le rebord et avant de se laisser tomber il regarda une dernière fois autour de lui. La nuit sans lune ne laissait presque rien deviner des alentours. Pourtant les rares lumières de la ville éclairaient le haut de l’église des Jacobins.

Morgan fronça les sourcils. Il lui semblait qu’une des gargouilles bougeait. Il frissonna. Une hallucination. Il rejoignit ses compagnons.

Dans un silence surnaturel trois gargouilles en pierre glissèrent lentement le long du mur de la vénérable église. Elles vinrent se placer en embuscade autour du trou et attendirent le retour des profanateurs…

Ils progressaient en silence. Il n’y avait rien à dire. Le tunnel, en bon état, ne réservait aucune surprise. Anastase ouvrait toujours la marche. O’Connor allait en dernier. Le Baron lançait toutefois à quelques occasions des commentaires. Ainsi ils apprirent que le tunnel datait certainement du 12eme siècle. Un passage secret qui reliait les Jacobins à l’église Saint-Pierre. Que beaucoup de Méridionaux avaient participé à la première Croisade. Qu’ils en avaient rapporté des richesses. Et surtout que ce passage depuis longtemps oublié aurait très bien pu mener à une cachette qui contiendrait le trésor des Templiers.

A un moment donné Anastase s’arrêta. Ils étaient parvenus devant une immense porte. Une porte en métal. Le tunnel cédait la place à une vaste salle rectangulaire. Huit gisants y étaient répartis. Tous portaient la croix templière gravée sur un bouclier. Les aventuriers allumèrent tous une lampe tempête afin de mieux observer les tombeaux. Mademoiselle Neri, elle, étudiait la porte, de loin. Ses lèvres murmuraient une traduction. La porte de métal portait une inscription dans une langue inconnue. L’italienne en perdait son latin. Miss Shaw s’approcha. Avec un sourire suffisant elle commença à lire à haute voix : « Son rêve ne doit pas être réveillé car celui qui dort à jamais pourrait s’éveiller »… Fiora lui prit la main pour lui intimer le silence. Elisabeth hocha la tête, troublé par ses mots qui résonnaient encore dans la salle, se répercutant encore et encore, l’écho refusant de mourir. La tension monta d’un cran quand la porte grinça. Depuis des millénaires, cette langue impie n’avait pas résonné en ce lieu. Soudain, la porte coulissa vers le haut avec un terrible grincement. Les aventuriers s’approchèrent lentement du seuil.

Ils surplombaient un gigantesque lac souterrain. Au milieu passait un pont de bois et de cordes à moitié pourris pour rejoindre une sorte de pilier qui surgissait du lac. Sans attendre le Baron s’élança

sur le pont. Le bois craqua, les cordes gémirent, de la poussière s’en échappa, mais le pont tenait bon. Il arriva rapidement sur le pilier.

-Mademoiselle Neri, venez me rejoindre… dit-il en montrant quelque chose sur le sol.

Fiora hésita un instant. Elle posa la main sur la sacoche qui pendait à son hanche droite. Elisabeth la

prit par le bras et la poussa gentillement mais fermement vers le pont.

-Non, je…

-Allez ma belle, et ne fais pas d’esclandre ou tu plonges, capiche ? Lui murmura Miss Shaw à

l’oreille en souriant.

Les trois autres n’avaient rien entendu. Ils attendaient en regardant les gisants. Les deux femmes s’engagèrent sur le pont, Anastase sur leur talons, les sourcils froncés, nerveux.

Le capitaine Spring s’approcha d’O’Connor :

-Discrétion mon ami, écoutez sans montrer de surprise… Quelque chose cloche. Regardez à vos pieds, des cendres de tabac… Quelqu’un est déjà venu ici, il n’y a pas si longtemps.

-Oui, vous avez raison. Le Baron ?

-Qui d’autre. Nous sommes des pantins. Mais pour quelle raison ?

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