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Le Baron souriait. Il avait de quoi jubiler. Les nigauds. La Voix ne lui avait pas menti. Le plan fonctionnait à merveille. Faire venir des sacrifiés de leur plein gré en inventant cette histoire de trésor… Encore quelques instants et il pourrait enfin faire revenir d’entre les morts son défunt fils. La Voix lui avez promis… Fiora Neri mit le pied sur le pilier en compagnie d’Elisabeth. Elisabeth, la veuve de son regretté fils unique qui portait le pseudonyme de Shaw… Le Baron aperçu alors son majordome qui n’était pas dans le secret.

-Anastase, vous deviez rester avec les deux autres, commença doucement le Baron.

-Maître, je ne puis vous laisser seul dans un tel instant, mentit Anastase. Le Baron le jaugea un longuement, mais l’excitation du moment l’empêcha de voir la nervosité du majordome.

-Soit, allons maintenant, Fiora, sortez le Necronomicon de votre sacoche. Et ouvrez-le à la page marquée, ordonna le Baron.

-Il n’est pas question pour moi de lire cette horreur de livre ! Vous m’avez dupé ! cracha l’italienne en donnant un coup de coude à Elisabeth qui, surprise, tomba à genoux. Du même élan elle jeta le sac dans le lac souterrain.

-Non ! Non ! Glapit le Baron en essayant de rattraper la sacoche. La Voix l’avait bien dit, il fallait lire la formule et lui donner des êtres humains à manger pour que son fils perdu à la guerre revienne à la vie !

-Maintenant ! C’était Anastase qui poussait Fiora Neri sur le pont. Il se doutait que son maître avait perdu la raison depuis la mort du jeune héritier…

Elisabeth s’était redressée. Elle sortit son arme de poing et tira dans le dos d’Anastase. Touché en pleine tête le brave homme tomba à la renverse. Son corps disparu dans l’eau.

De l’autre côté Spring et O’Connor contemplait la scène, impuissants.

Soudain le sol trembla. L’eau du lac commença à bouillonner. Incrédules, ils virent des tentacules surgir de cette eau noire. L’une d’elle s’empara du Baron et une autre d’Elisabeth. Ils tentèrent de se libérer, en vain. La Chose les dévora sous l’eau. Fiora courait de toutes ses forces. Elle tomba dans les bras d’O’Connor.

-Il faut partir d’ici ! Beugla Spring en faisant feu sur les tentacules qui se dirigeaient vers eux.

-Pas avant d’avoir refermé la porte ! Fit Fiora.

-La dynamite, il n’y a que ça, proposa l’irlandais en ouvrant sa sacoche. Tous avaient laissé leur sac à dos sur le seuil. Neri et Spring ouvrirent le feu pour couvrir la course de Morgan. Les tentacules revenaient sans cesse à l’attaque. Il parvint tout de même à ouvrir son sac. Il attacha les mèches ensemble. L’étrange valise de feu Anastase était ouverte. Morgan écarquilla les yeux. De petites bouteilles y étaient disposées, soigneusement maintenues en équilibre. De la nitroglycérine… Il posa

la charge contre la valise et l’alluma.

-Fuyez ! Cria-t-il en se relevant, arme au poing, tirant derrière lui au juché.

Rue du Taur. La plaque des égouts bougea puis glissa sur le côté. Le Capitaine Spring se dressa sur la voie. Il aida aussitôt la jeune italienne à rejoindre l’air libre. Il n’y avait personne à cette heure tardive. Le sol trembla. Le bruit sourd d’une explosion souterraine retentit.

-O’Connor ? Où est-il demanda Fiora.

-Pas le temps !

Sans poser plus de questions les deux survivants s’élancèrent vers la place du Capitole.

Les gargouilles se levèrent. O’Connor surgit comme un fou du trou, une tentacule à ses trousses. L’irlandais se prit les pieds dans un pavé qui dépassait. Il se vit tomber, éloigna son arme de lui, essaya de garder l’équilibre sans succès. Il s’écrasa au sol. Une douleur fulgurante lui déchira le flanc et le poignet gauche. Il lâcha le revolver qui glissa jusqu’aux pieds d’une des gargouilles. Aveuglé par souffrance, il aspirait de l’air comme un poisson hors de l’eau. La tentacule visqueuse se précipita sur lui. Sa dernière heure était venue. Son regard surprit un mouvement sur la gauche. Il eut juste le temps de voir une ombre se lancer sur l’abomination. O’Connor se releva en reculant. Il sentit une autre forme se frotter à lui en passant. Une gargouille. Une gargouille de pierre qui avançait. Elle aussi bondit souplement vers la chose. Morgan ramassa son arme et malgré la douleur franchit le muret rapidement. Il se retrouva très vite dans la rue Lakanal. Hagard, il avisa un jeune couple qui revenait certainement d’une fête. A bout de force, il cacha son arme et demanda du secours.

L’homme se précipita, empêchant O’Connor de s’effondrer sur la route.

-Qui êtes-vous ? Demanda-t-il en le portant vers une voiture.

-Un survivant… murmura-t-il. Avant de perdre connaissance, il sentit le sol trembler alors que le bruit sourd d’une explosion souterraine se faisait entendre loin vers Saint-Sernin…

Et voilà le petit hommage à l’oeuvre de Lovecraft qui a hanté mon adolescence est terminé ! A la semaine prochaine pour une autre nouvelle, dans un autre registre ! Encore merci à Céline et à vous, lecteurs !

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