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Je vous livre ici le retour de Jeb, du forum Mots et Légendes après sa lecture de Marl le Chevrier. Un grand merci à lui d’avoir rédigé ce retour.

« Bon allez, si je ne me lance pas, quelle que soit l’excuse de la charge de travail, je n’écrirai jamais un petit résumé de ce que j’aime dans le livre de l’ami Isangeles. C’est comme l’écriture : quand on n’en vit pas et qu’on a un métier à côté, il faut se forcer à trouver le temps dans des journée surchargées, ou alors on ne finira jamais un chapitre !

Donc, j’ai eu le plaisir de lire Marl le chevrier, et si j’ai eu l’occasion de laisser quelques notes au fil de ma lecture ici même, je voulais quand même prendre le temps de synthétiser un peu tout ça. Je dois par ailleurs préciser que je lis bien moins de fantasy, auquel ce livre se rattache plutôt si on veut classifier, que de fantastique ou de SF (ou de littérature générale), donc il faut prendre mon point de vue avec le recul nécessaire : je suis très loin d’être un spécialiste du genre

Pour autant, j’en ai quand même lu (et vu sur les rayonnages des libraires) suffisamment pour savoir que l’une des caractéristiques éminentes de la fantasy, c’est souvent sa taille. Du Seigneur des anneaux au Trône de fer, il faut 14 tomes pour entrer dans l’histoire, 10 de plus pour se reposer en développant sur la beauté des paysages, et 15 de plus pour finir l’introduction. Après on commence la trilogie. Bon, je chambre, mais faut bien reconnaître que le médiéval fantastique-éclair, c’est comme les gens qui partagent mon affection pour Vampyre Nation. Y en a pas beaucoup… Or, la première caractéristique de Marl, c’est que c’est un roman vif, qui fonce droit au but, qui ne s’embarrasse pas d’interminables mises en place d’atmosphère, d’infinies anecdotes sur l’enfance censées donner de l’épaisseur aux personnages (en vain, à mon avis) ou de descriptions sans fin de banquets et de bains de sang. Le livre nous raconte son histoire, il ne fait pas une conférence.

C’est probablement cet aspect qui partagera le plus les lecteurs, je pense. D’un côté ceux qui exigent qu’une histoire « épique » (comme on dit désormais à tours de bras) prenne tout son temps. Et de l’autre ceux qui, comme moi, bien qu’aimant les gros volumes de 800 pages et après avoir été un peu décontenancés au début, ont accroché à ce rythme trépidant, dévastateur. Le prix à payer, c’est qu’on n’a pas toujours le temps de bien s’imprégner des personnages et qu’il y a un petit risque de se mélanger les pinceaux (d’où ma suggestion à l’auteur, qui y avait apparemment pensé tout seul comme un grand, d’ajouter un index des personnages au prochain tome). En tout cas, une chose est sûre : que vous aimiez ou pas, ce style tout en muscles et sans graisse n’est pas votre fantasy habituelle livrée au kilo. Vous ne vous plaindrez pas de lire la même chose que d’habitude ! Moi, j’ai accroché à ce côté vigoureux.

Un autre aspect que j’ai aimé dans le livre : le détournement des clichés. Oui, il y a des dragons et des morts-vivants, de nobles sacrifices et des trahisons, comme il est de tradition, mais l’ensemble ne me paraît pas du tout téléphoné. A commencer par le héros. Ce preux chevalier est bel et bien un chevalier, et même de haute tradition aristocratique et militaire, mais il est néanmoins chevrier. Littéralement. D’habitude, on est soit Lancelot du Lac, soit Taram, mais les deux en même temps, c’est tout de suite plus intéressant. D’autant qu’une fois qu’on est familiarisé avec l’idée que c’est notre jeune héros, notre Perceval en quête du Graal… On se rend compte qu’il est tout autre chose et que son destin n’est pas celui qu’on attendait ! Visiblement, Rodrigo se moque des développements obligés, il raconte son histoire, et tant pis si ça colle ou pas aux « règles » habituelles. Moi qui déteste les conseils de dramaturgie, les structures en trois actes, les fiches de personnages, tous ces trucs débiles sur power point qui sont censés nous dire à quoi DOIT ressembler un livre, j’ai été ravi de cette originalité.

Enfin, si vous remontez un peu le fil de discussion ici même, vous verrez que j’ai laissé au fur et à mesure de ma lecture des notes sur le vif concernant telle péripétie ou tel personnage. Il y a des vraies trouvailles peuplant le monde de Marl et dont on espère (apparemment, si j’ai bien compris l’auteur, ce sera le cas) qu’elles seront peu à peu développées, dans un autre roman, des nouvelles… des BD ? 
En d’autres termes, si vous acceptez comme moi le parti pris de rapidité dévastatrice de la narration, vous lirez une excellente histoire, originale et échevelée. Si vous aimez les histoires lentes qui commencent par 200 pages sur l’herbe à pipe, ça vous plaira moins. Mais lisez-le quand même : au moins, vous aurez sous les yeux quelque chose qui vous sortira de la routine ronronnante. »

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